
Le transfert de Kihara en Turquie révèle l’écart entre le football féminin kényan et tanzanien
Le transfert de Lindah Kihara en Turquie illustre les difficultés du Kenya à financer le football féminin, tandis que les clubs tanzaniens mieux structurés parviennent à conserver leurs talents au pays.
Lindah Kihara a définitivement quitté Kayole Starlets pour rejoindre le club turc Son Zafer Spor. L’attaquante avait marqué lors de cinq matches consécutifs de la FKF Women’s Premier League avant de quitter le Kenya, soulignant l’ampleur de l’exode des talents du championnat national.
Le transfert de Kihara s’inscrit dans une tendance plus large suivie par les meilleures joueuses kényanes. Cynthia Shilwatso, Vivian Nasaka, Jentrix Shikangwa et Lavine Achola figurent parmi les joueuses qui sont également parties à l’étranger, la Turquie étant devenue leur principale destination. Ce pays offre des salaires professionnels, des contrats officiels et un encadrement structuré, autant de conditions qui restent difficiles à obtenir au Kenya.
Le championnat kényan continue de subir des pressions financières, avec une programmation incertaine, des rémunérations limitées et un sponsoring insuffisant. Sa faible exposition médiatique aggrave le problème, les matches étant souvent privés de retransmissions régulières ou de résumés vidéo. Ces conditions compliquent la tâche des clubs qui souhaitent conserver leurs joueuses confirmées et celle du championnat, qui cherche à présenter ses talents aux équipes internationales.
La Tanzanie a développé un modèle différent avec la Women’s Premier League. Les clubs liés à de grandes institutions sportives comme Simba SC et Yanga SC disposent de structures plus solides, tandis que Simba Queens a obtenu un contrat de sponsoring de cinq ans d’une valeur de TSh 1 milliard avec M-Bet. Le soutien de Serengeti Breweries au championnat a renforcé sa base commerciale, aidant les clubs à proposer des contrats, une couverture médicale et des primes de performance.
La compétition tanzanienne bénéficie également d’une couverture télévisée, d’une forte mobilisation des supporters et d’une promotion active sur les réseaux sociaux. Ses clubs ont régulièrement atteint la phase de groupes et les demi-finales de la Ligue des champions féminine de la CAF, offrant aux joueuses une vitrine nationale plus visible que celle dont disposent leurs homologues au Kenya. Les résultats d’ensemble de la Tanzanie restent toutefois irréguliers : le pays a terminé quatrième de la Coupe d’Afrique des nations 2025 avec deux points en trois matches, après deux nuls et une défaite, en marquant trois buts et en encaissant quatre. Son bilan récent comprend une victoire 6-0 contre Mação, des défaites face au Liechtenstein et au Maroc, ainsi que des nuls 1-1 contre la Tunisie et l’Ouganda.
Les autorités du football kényan subissent des pressions pour rendre le championnat féminin plus viable. Les réformes proposées comprennent une gestion commerciale indépendante, des contrats de joueuses exécutoires, une couverture médicale, des liens plus étroits avec les clubs masculins établis et des académies structurées pour les moins de 15 ans et les moins de 17 ans. Un meilleur suivi des performances pourrait également aider les équipes kényanes à obtenir des indemnités de transfert au lieu de perdre leurs meilleures joueuses sans contrepartie.
Tant que ces changements ne seront pas mis en œuvre, la Turquie restera une porte de sortie attrayante pour les talents kényans en quête de stabilité et d’une voie vers les compétitions européennes. Soutenus par des appuis institutionnels et commerciaux plus importants, les clubs tanzaniens sont mieux placés pour conserver leurs meilleures joueuses dans la région.
Source : Capital Sports (Capital FM Kenya)



