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Se souvenir de Sonny Liston et de la manière dont la boxe a fabriqué son monstre des poids lourds
Photo : Boxing News 24

Se souvenir de Sonny Liston et de la manière dont la boxe a fabriqué son monstre des poids lourds

Retour sur Sonny Liston, le champion des poids lourds qui a arrêté Floyd Patterson à deux reprises, mais que la boxe a défini par la peur, la criminalité et le silence.

Sonny Liston a remporté le championnat des poids lourds le 25 septembre 1962, mais ce titre ne lui a pas apporté l’acceptation du public généralement accordée au principal champion de la boxe. Il a arrêté Floyd Patterson en 2:06 au Comiskey Park, avant de n’avoir besoin que de quatre secondes pour rééditer ce résultat lors de leur revanche de juillet 1963.

Ces victoires ont établi Liston comme le poids lourd le plus fort de son époque, mais elles ont aussi renforcé l’image construite autour de lui. Patterson était présenté comme un champion respectable et honorable, tandis que Liston était décrit comme un criminel dangereux s’approchant du plus important titre de la boxe. Sa domination est devenue une raison supplémentaire de le craindre plutôt que de l’admirer.

Cette représentation reposait sur des faits sérieux. Liston avait purgé une peine de prison pour vol à main armée, avait été arrêté par la suite et entretenait des liens avec des figures ayant des intérêts liés au crime organisé dans la boxe. Frankie Carbo et Frank « Blinky » Palermo détenaient des intérêts financiers dans sa carrière. Ces liens méritaient d’être examinés, mais la couverture médiatique traitait souvent son passé comme la preuve permanente qu’il demeurait dangereux.

La race a également façonné ce jugement. Patterson était perçu comme éloquent, sensible et rassurant pour le championnat des poids lourds, tandis que Liston était réduit à l’image d’un immense boxeur noir au visage renfrogné. Sa taille, son expression et son casier judiciaire étaient fondus en un seul personnage, laissant peu de place à l’homme ou à l’athlète qui se cachait derrière cette image.

Liston avait également du mal à contester le rôle qui lui avait été attribué. Il souriait rarement, répondait brièvement et semblait mal à l’aise lors des interviews. Les journalistes interprétaient ce malaise comme de l’agressivité, tandis que son niveau d’instruction limité, son manque d’assurance et sa préparation insuffisante aux médias l’empêchaient de présenter une autre version de lui-même. Contrairement à Joe Louis, Patterson ou, plus tard, Muhammad Ali, il ne possédait pas cette qualité publique capable de rassurer ou de captiver le public.

Sa boxe méritait davantage d’attention qu’elle n’en a reçu. Liston utilisait un jab puissant pour contrôler la distance, attaquait au corps et coupait le ring face à des poids lourds plus petits. Ses victoires contre Cleveland Williams et Zora Folley témoignaient autant de son évolution technique que de sa puissance. Cassius Clay a ensuite exploité l’image publique de Liston avant de lui prendre le titre en février 1964. Le fait que Liston ne soit pas sorti de son tabouret après le sixième round, ainsi que la fin controversée de leur revanche de 1965 au premier round, ont définitivement associé à l’image du monstre celle d’un lâche. Ses relations avec le crime organisé, ses deux défaites contre Ali et sa mort mystérieuse dominent depuis le récit, reléguant souvent ses qualités et ses accomplissements au second plan.

Source : Boxing News 24